L'essentiel en 30 secondes (TL;DR)
6 %, 12 % ou 21 % ? Et quand facturer sans TVA ? Le guide simple des taux de TVA dans la construction en Belgique : rénovation, démolition-reconstruction, cocontractant entre professionnels et erreurs à éviter.
En Belgique, un même chantier peut être facturé à 6 %, 12 % ou 21 % de TVA… ou même sans TVA du tout. Choisir le bon régime n'est pas un détail : sur une rénovation de 50 000 €, l'écart entre 6 % et 21 % représente 7 500 € de différence pour votre client.
Pire : une erreur de taux, c'est souvent l'entrepreneur (et non le client) qui en paie le prix lors d'un contrôle, avec rappel de TVA, intérêts et amendes.
Voici comment vous y retrouver, sans jargon, avec la question qui change absolument tout : facturez-vous à un professionnel ou à un particulier ?
1. Les taux en un coup d'œil
- 21 % — le taux par défaut. Construction neuve, logement de moins de 10 ans, matériaux achetés seuls.
- 12 % — logement social (initiative privée). Logement loué via une AIS (agence immobilière sociale).
- 6 % — rénovation d'un logement de + de 10 ans, et démolition-reconstruction. Isoler, refaire une toiture, rénover une cuisine.
- 0 %. N'existe pas en construction.
La règle d'or : 21 % est la norme. Le 6 % et le 12 % sont des faveurs soumises à des conditions strictes. Si une seule condition manque, on retombe automatiquement à 21 %.
2. La question à se poser en premier : pro ou particulier ?
Avant même de penser au taux (6 ou 21 %), posez-vous une seule question : à qui est-ce que je facture ? La réponse détermine si vous facturez avec ou sans TVA.
Votre client est un professionnel assujetti qui dépose des déclarations TVA périodiques :
- Ce que vous facturez : sans TVA (régime du cocontractant / autoliquidation).
- Qui paie la TVA au fisc : votre client, via sa propre déclaration.
Votre client est un particulier (ou un client sans déclarations TVA périodiques) :
- Ce que vous facturez : avec TVA, au bon taux (6 %, 12 % ou 21 %).
- Qui paie la TVA au fisc : vous, l'entrepreneur, qui la reversez.
Autrement dit :
- Vous travaillez pour un autre pro (entrepreneur général, société, autre indépendant assujetti) : vous facturez hors TVA et c'est lui qui s'en occupe.
- Vous travaillez pour un particulier : vous facturez TVA comprise, en appliquant le taux correct.
⚠️ À retenir. Le critère exact n'est pas « avoir un numéro de TVA », mais déposer des déclarations TVA périodiques. Un client en franchise de TVA (petit chiffre d'affaires) ou exonéré (médecin, art. 44) a beau avoir un numéro, il ne dépose pas de déclarations périodiques : vous devez donc lui facturer avec TVA, comme à un particulier.
3. Facturer à un professionnel : le cocontractant (autoliquidation)
C'est la grande particularité du secteur. Quand vous réalisez des travaux immobiliers pour un autre assujetti qui dépose des déclarations TVA, vous ne portez pas la TVA en compte. Votre client la déclare et la déduit lui-même : l'opération est neutre pour sa trésorerie.
Sur la facture : aucun montant de TVA, mais la mention obligatoire (depuis 2023) :
Autoliquidation. En l'absence de contestation par écrit, dans un délai d'un mois à compter de la réception de la facture, le client est présumé reconnaître qu'il est un assujetti tenu au dépôt de déclarations périodiques. À défaut, le client endosse la responsabilité quant au paiement de la taxe, des intérêts et des amendes dus.
La simple mention « Autoliquidation » seule ne suffit plus depuis le 1er janvier 2023.
Exemple concret
Vous êtes électricien sous-traitant et vous facturez 10 000 € de travaux à l'entrepreneur général (une SRL) :
- Votre facture : 10 000 € hors TVA, vous n'encaissez aucune TVA.
- Pour l'entrepreneur général : il déclare lui-même 2 100 € de TVA due et la déduit dans la foulée, soit 0 € de coût s'il a un droit à déduction total.
Les pièges à éviter
- Facturer sans TVA à un client en franchise ou exonéré : il ne dépose pas de déclarations périodiques, donc l'autoliquidation ne s'applique pas. Vous deviez facturer avec TVA, et c'est vous qui la devrez au fisc en cas de contrôle.
- Oublier la mention complète de 2023 : une facture qui ne porte que « Autoliquidation » est incomplète et fragilise votre protection.
- Facturer hors TVA à un particulier qui « a une société » : s'il agit pour ses besoins privés (rénover sa maison), c'est un particulier. Facturez avec TVA.
- Appliquer l'autoliquidation à une simple vente de matériaux sans placement : sans pose par vous, ce n'est pas un travail immobilier.
4. Facturer à un particulier : le 6 % rénovation
Quand vous facturez à un particulier (l'utilisateur final), vous appliquez la TVA. Le taux le plus demandé est le 6 % rénovation. Pour en bénéficier, quatre conditions doivent toutes être réunies :
- Ancienneté : le logement a plus de 10 ans (première occupation il y a au moins 10 ans civils).
- Usage privé : après travaux, il sert principalement de logement privé (plus de 50 %).
- Utilisateur final : les travaux sont fournis et facturés à l'occupant (propriétaire, locataire, usufruitier…).
- Fourniture et pose : vous fournissez ET placez (main-d'œuvre et matériaux sur la même facture).
Plus besoin d'attestation papier : depuis le 1er juillet 2022, vous ajoutez une mention sur la facture. Si le client ne la conteste pas par écrit dans le mois, vous êtes déchargé de votre responsabilité quant aux conditions.
Exemple concret
Vous rénovez la salle de bain d'un particulier dans une maison de 1995, pour 10 000 € de travaux (matériaux + pose) :
- À 6 % : 10 000 € + 600 € de TVA = 10 600 €.
- À 21 %, la même facture serait de 12 100 €, soit 1 500 € de plus pour votre client.
Les pièges à éviter
- Le logement a moins de 10 ans : même un jour de trop tôt fait basculer à 21 %. L'âge se compte en années civiles depuis la première occupation.
- Le client achète lui-même les matériaux : ces matériaux sont toujours à 21 %, sans exception. Le 6 % suppose que c'est vous qui fournissez et posez.
- Oublier la mention 6 % sur la facture : sans elle, vous perdez la protection et risquez le rappel en cas de contrôle.
- Mélanger postes éligibles et non éligibles : une terrasse de jardin ou un électroménager encastré reste à 21 % même au milieu d'une rénovation à 6 % (voir section 8).
5. Démolition-reconstruction à 6 % : un régime à part
Démolir un vieux bâtiment et en reconstruire un neuf bénéficie aussi du 6 %. C'est un régime permanent, partout en Belgique, et élargi aux ventes depuis le 1er juillet 2025. Les conditions sont plus strictes :
- Vous faites construire pour y habiter (maître d'ouvrage) : surface habitable max 200 m² — habitation propre et unique, domicile, engagement 5 ans.
- Vous achetez un logement reconstruit (clé sur porte / promoteur) : surface habitable max 175 m² — habitation propre et unique, domicile, engagement 5 ans.
- Vous louez à un particulier (longue durée) : surface habitable max 175 m² — maintien 15 ans.
- Vous louez via le logement social : aucune limite de surface — maintien 15 ans.
⚠️ Attention au piège. 200 m² si vous faites construire vous-même, mais 175 m² si vous achetez un bien déjà reconstruit. Ce ne sont pas des erreurs, mais deux cas légaux distincts qui coexistent en 2026.
6. Le 12 % : le logement social privé
Taux intermédiaire, peu connu. Il vise le logement que vous faites construire ou rénover pour le donner en location dans le cadre de la politique sociale, typiquement via une Agence Immobilière Sociale (AIS), une commune ou un CPAS. L'engagement de location est d'environ 15 ans, avec déclaration préalable au SPF Finances.
7. Le 21 % : tout le reste
On y retombe pour :
- la construction neuve classique ;
- les travaux sur un logement de moins de 10 ans ;
- les matériaux achetés seuls par le client (sans placement), toujours à 21 %.
8. Énergie : ce qui change en 2026
- Pompe à chaleur → 6 %. Mesure temporaire de 2026 à 2030, même pour un logement de moins de 10 ans (en 2025, c'était 21 %).
- Chaudière gaz / mazout (fossile) → 21 %. Exclue du 6 % depuis le 29/07/2025. Transition 6 % jusqu'au 30/06/2026 si le contrat est signé avant le 28/07/2025.
- Entretien / réparation d'une chaudière existante → 6 %. Reste à 6 % (logement de + de 10 ans).
- Panneaux solaires → 6 % ou 21 %. 6 % si logement de + de 10 ans ; 21 % si moins de 10 ans.
9. Ce qui reste toujours à 21 %
Même dans une rénovation à 6 %, ces postes restent à 21 %, car ils ne s'incorporent pas durablement au logement :
- Aménagements extérieurs : jardins, plantations, clôtures, allées.
- Ouvrages de loisir : piscines, saunas, courts de tennis, étangs, fontaines.
- Électroménager, même encastré : four, frigo, lave-vaisselle, hotte.
- Prestations intellectuelles : honoraires d'architecte, géomètre, ingénieur.
- Nettoyage du logement.
- Matériaux achetés directement par le client.
10. La facture, votre meilleure protection
- Délai : la facture doit être émise au plus tard le 15 du mois suivant la fin des travaux.
- Mentions : date, n° de TVA des deux parties, description, taux appliqué, et la mention adéquate (« Autoliquidation » entre pros, ou la mention 6 % rénovation).
- Nouveauté 2026 : la facturation électronique structurée (Peppol) est obligatoire entre entreprises belges depuis le 1er janvier 2026.
En résumé : quatre questions, dans l'ordre
- Mon client dépose-t-il des déclarations TVA périodiques ? Oui : autoliquidation (facture sans TVA). Non : je facture avec TVA.
- Le logement a-t-il plus de 10 ans ? Oui : 6 % possible. Non : 21 % (sauf démolition-reconstruction).
- Est-ce que je fournis ET je place ? Non (simple vente de matériaux) : 21 %.
- Est-ce un poste exclu (jardin, piscine, électroménager) ? Oui : 21 %.
⚠️ Avertissement. Cet article résume la réglementation belge en vigueur à la mi-2026 à titre informatif. Les situations particulières (usage mixte habitation/profession, indivision, projets transfrontaliers, ventes par promoteurs) nécessitent une analyse individuelle. En cas de doute, faites valider le taux avant d'émettre vos factures.
Un doute sur le bon taux de TVA avant de facturer ?
Nos experts TMF valident le régime applicable à vos chantiers (cocontractant, 6 %, démolition-reconstruction) avant l'émission de vos factures, pour vous éviter tout rappel de TVA.
Rédigé par TMF Assist
Validé en partenariat avec les experts-comptables agréés ITAA de TMF Compta.
